Audrey Sisley
J'en ai marre d'être enfermée en moi avec tous ces sentiments que j'ai proscrits, tous ces mots que je ne veux plus dire, plutôt mourir que de les dire je me dis, à la casse les mots d'occasion déjà servis, c'est comme mon coeur, et mon corps, eux aussi il sont d'occasion, eux aussi ils ont aimé, souffert, et alors? je ne vais pas me réincarner pour autant, ni me glisser dans l'âme d'une autre, ils sont là, ces mots, de toute façon, ils sont dans ma tête, dans ma gorge, lui il les boit en m'embrassant, il les entend même quand je les enferme. J'ai honte, et j'ai honte d'avoir honte. J'ai honte de les penser, les mots, et encore plus honte de ne pas pouvoir les dire. J'en ai marre de ce froid en moi. Marre de ne plus jamais avoir chaud ni mal. Marre de passer à coté de la vie, du bonheur, du malheur, des gens, de la mort. Merde la fausse vie. Merde le noir, le silence, l'anesthésie, les chats, les jeans. Il a raison. Faut arrêter de pas vivre. Faut arrêter de pas pleurer. Faut arrêter la rétention de larmes, ça va me donner de la cellulite au visage, à force. Faut que t'arrêtes d'avoir peur d'être vivante, il m'a dit l'autre jour, à l'aéroport. Faut arrêter l'amour sublime, les amants beaux et nobles et parfaits. La vie c'est qu'un jour je le quitterais, ou il me quittera. Je lui préférerai quelqu'un ou il en aura marre de moi, et ce sera triste mais ce se sera pas tragique. Et puis la tristesse passera, elle aussi, comme le bonheur, comme la vie, comme les souvenirs qu'on oublie pour moins souffrir ou qu'on mélange avec ceux des autres ou avec ses mensonges.
Peut-être à plus tard.
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Audrey Sisley
Audrey, tel un poison, un venin brûlant votre peau, vous glace les os et vous brûle sans pitié si attention vous ne faites. Une pomme rouge, elle vous croque ainsi et vous jette à côté d'un tronc. Voici la tempête qui souffle à travers les blés, ainsi sa chevelure, sa carrure et son allure voguent tel un vent violent d'été.